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LT-COLONEL JEAN-LUC COSNARD « LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR ET DE LA SÉCURITÉ ET LE DG DE L’ONPC SOUHAITENT RENFORCER LE MAILLAGE TERRITORIAL »

samedi 23 juillet 2022 à 19:50:43

LT-COLONEL JEAN-LUC COSNARD « LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR ET DE LA SÉCURITÉ ET LE DG DE L’ONPC SOUHAITENT RENFORCER LE MAILLAGE TERRITORIAL »

Le Lieutenant-Colonel Jean Luc Cosnard, Conseiller Technique du Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité Vagondo Diomandé et du Directeur Général de l'ONPC Amankou Kassi Gabin, quitte bientôt la Côte d'Ivoire après trois ans de service. Avant son départ, il a bien voulu nous accorder une interview dans laquelle il revient sur son rôle de conseiller technique de la protection civile.

1. Quelles sont vos missions auprès des autorités ivoiriennes et françaises ?

Trois volets caractérisent ma mission.

Le conseil de haut niveau auprès des autorités ivoiriennes, qui consiste à participer à la réflexion et à la rédaction des textes règlementaires qui dimensionnent la protection civile ivoirienne. Durant ces trois années, on a pu travailler ensemble sur un champ assez large de textes, certains de portée nationale qui visent notamment à mettre en œuvre la politique nationale de protection civile ; et d'autres comme les procédures opérationnelles bénéficiant directement et immédiatement aux pompiers sur le terrain

Le second volet est la formation avec trois modalités d'action.

Le premier type de formation consiste à organiser des missions d'expertise sur place. Des experts français viennent effectuer des formations d'une à deux semaines au profit des stagiaires ivoiriens pompiers civils, pompiers militaires, secouristes ou d'autres acteurs civils.

En 2021 par exemple, un stage de gestion de crise interservices a été organisé au Groupement de Sapeurs-Pompiers Militaires (GSPM) au profit de l'ensemble des acteurs qui interviennent dans une gestion de catastrophes (pompiers civils et militaires, gendarmerie, police, SAMU, Croix-Rouge, journalistes) parce que la gestion de crise concerne tant le terrain que la gestion de l'environnement de communication et de l'information du public.

Il est important d'intégrer les médias dans ce type de formation car ils doivent savoir comment travaillent les pompiers en cas de crise afin de mieux rapporter aux populations leurs actions sur le terrain.

Les formations sont choisies après un dialogue avec le partenaire pour déterminer où sont les besoins. En 3 ans, c'est 54 stages et plus de 500 stagiaires formés grâce à cette coopération française. Les formations auront permis d'aborder tous les volets du métier de pompier et des risques rencontrés (risques chimiques, sauvetage déblaiement, secours à personne, sauvetage aquatique, prévention incendie…)

Pour le deuxième type de formation, ce sont des places que la France offre à travers les écoles nationales à vocation régionales qui se trouvent en Afrique. La protection civile ivoirienne est plutôt concernée par l'Institut Supérieur d'Etudes de Protection Civile (ISEPC) de Ouagadougou au Burkina Faso.

Nous proposons à la Côte d'Ivoire, un certain nombre de places. Par exemple des places de formation initiale pour des officiers, de commandant des opérations de secours ou encore de gestion de crise comme cela a été fait avec la participation d'un sous-préfet, d'un pompier civil, d'un officier du GSPM et d'un commissaire de police à une formation au Burkina Faso à l'Institut Supérieur d'Etudes de Protection Civile (ISEPC) il y a quelques mois.

Ou encore plus récemment avec des places offertes à des pompiers civils dans le cadre d'une formation sur les risques des produits chimiques dans le même institut.

Le dernier type de formation concerne des bourses en France et ce sont des stages de très haut niveau. En ce moment, le directeur de la prévention de l'Office National de la Protection Civile (ONPC) suit une formation de préventionniste de niveau 3 (le niveau le plus élevé) en France.

Le troisième volet de ma mission est celui d'appuyer le renforcement des capacités opérationnelles avec des remises de dons aux pompiers.

La France aura offert plus de 470 millions de francs CFA d'équipements de protection civile à l'ONPC et au GSPM en 3 ans.

2. Quelles grandes actions avez-vous posées en tant que Coopérant et/ou Conseiller ?

En 3 ans, il y a un certain nombre d'actions que je pourrais retenir.

J'évoquerai la pandémie de la Covid-19 parce qu'on s'est retrouvé en face d'une vraie gestion de crise sanitaire. Il a fallu apporter un conseil de haut niveau aux autorités ivoiriennes et élaborer des procédures opérationnelles avec l'ONPC et le GSPM, pour adapter le mode d'intervention face à ce nouveau risque qu'on ne connaissait pas. On a donc travaillé sur les outils à mettre à la disposition des pompiers sur le terrain.

J'ai aussi été marqué par la catastrophe d'Anyama en juin 2020 avec l'éboulement au cours duquel on a dénombré de nombreux morts et où on s'est retrouvé sur le terrain avec les autorités ivoiriennes et les secours pour faire face à l'urgence.

3. Quelles sont vos meilleures satisfactions après des années passées dans le pays ?

Sans hésiter, ce sont les relations humaines, l'accueil, le sourire, la disponibilité, l'amitié du partenaire ivoirien, parce qu'il n'est pas toujours simple de vivre à plus de 6.000 kilomètres de chez soi.

Voir la montée en puissance de la protection civile ivoirienne et constater que le bateau avance m'ont aussi procuré beaucoup de satisfaction.

4. Quelques regrets dans l'exercice de vos fonctions ?

En termes de regrets, c'est un peu la lenteur parfois pour atteindre certains objectifs que je pourrais relever, mais on est souvent pressé d'atteindre les objectifs fixés sans tenir compte de certains paramètres non négligeables.

Je pourrais parler également d'un regret, car après avoir participé à la réflexion pendant plusieurs mois du module protection civile (environ 8 millions de dollars) du projet d'assainissement et de résilience urbaine (PARU), je ne serai pas présent pour sa concrétisation. C'est un programme très ambitieux dont la phase de mise en œuvre va bientôt démarrer et qui contient des modules de systèmes d'alerte précoce et de réponse immédiate qui vont moderniser la réponse opérationnelle de l'ONPC et du GSPM. Mais dans tous les cas, on travaille toujours pour l'avenir. Donc je suis plutôt satisfait d'avoir apporté ma touche à ce magnifique projet de la protection civile.

5. Les pompiers civils sont présents dans les différentes régions administratives de la Côte d'Ivoire pour apporter aide, assistance et secours aux populations. Quels conseils pouvez-vous leur donner dans l'accomplissement de leurs missions et le rayonnement de l'emploi ?

Je dirais qu'il y a deux principaux conseils à leur donner.

Le premier, c'est d'être et de rester toujours professionnels dans toutes leurs actions car un pompier est au service de la population et il détient les compétences techniques et professionnelles pour porter secours. Il doit pour ce faire s'entraîner sans relâche.

Le deuxième conseil, c'est d'être toujours tournés vers la population et de mener des actions de sensibilisation au profit du public car, le citoyen est le premier acteur de la chaîne des secours. Il faut apprendre aux populations, la conduite à tenir face aux accidents domestiques, à un feu de gaz, de friteuse, les premiers gestes de secours...

En le faisant, on donne ainsi les moyens à la population de s'aider et d'aider son prochain en partageant un peu de notre savoir.

6. Quel regard portez-vous sur la protection civile ivoirienne ?

La protection civile ivoirienne a globalement la même organisation que celle de la France, à savoir des pompiers militaires et des pompiers civils. Les pompiers militaires en Côte d'Ivoire ont un vrai passé opérationnel et leurs compétences sont reconnues là où ils sont déployés à Abidjan, Bouaké, Korhogo, Yamoussoukro et sur l'autoroute du Nord.

Les pompiers civils ont une histoire beaucoup plus récente avec le métier créé en 2014 et les premiers centres de secours ouverts en 2015.

Ce que je retiens avec les pompiers civils, c'est cette détermination à avancer et surtout à bien avancer. Il y a une vraie volonté et une ambition affichée, notamment avec la loi de programmation de sécurité intérieure et le développement des centres de secours dans tous les départements.

Dans un futur proche, il faudra peut-être réfléchir à la mise en place d'un système de volontariat avec des citoyens volontaires, comme cela a cours en France et qui consiste à former des volontaires au métier de pompier. Cela a pour but de renforcer les centres de secours et les pompiers professionnels.

7. Quelques orientations à donner aux responsables de l'ONPC pour réussir le pari d'une protection civile moderne et forte en Côte d'Ivoire ?

Je reste humble en termes d'orientations. Ce que je retiens, c'est que l'ambition affichée va permettre de faire progresser la protection civile et de renforcer le lien entre la population et ses pompiers. Le Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité et le Directeur général de l'ONPC souhaitent renforcer le maillage territorial, faire effort sur la formation avec la création d'une école nationale de protection civile, équiper les pompiers civils à travers l'achat d'équipement et de matériel.

Le conseiller que je suis ne peut qu'accompagner cette ambition politique affichée par le Ministre et le Directeur général.

8. Quel souvenir retenez-vous de la Côte d'Ivoire à quelques semaines de la fin de votre mission ?

La qualité de la relation humaine en Côte d'Ivoire m'a profondément marqué parce que je me suis senti chez moi. J'ai été accepté, intégré et me suis reconnu comme un membre de la famille des pompiers civils et de l'ONPC. Je rentre le 28 juillet 2022. J'ignore encore quand mais je sais que je reviendrai en Côte d'Ivoire.

9. Quelle est votre préférence culinaire en termes de repas africain ?

J'ai découvert une vraie richesse culinaire en Côte d'Ivoire. Du poisson braisé au kedjenou en passant par l'attiéké, le foufou, le foutou ou le placali, j'ai apprécié. Juste un bémol pour le piment, mes papilles gustatives n'ont pas réussi à s'habituer.

Il est primordial de faire les efforts de s'adapter quand on doit vivre dans un autre pays que le sien.

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